Historique des cinémas de Lorient


Lorient...

Lorient est une ville bretonne de 60000 habitants. Si on compte l'agglomération, et selon le calcul, on approche les 150000 à 180000 personnes, soit un chiffre qui reste moyen.

[vue aérienne de la rade de Lorient]
La rade de Lorient - Cliquez pour voir la version large commentée - 1024*640 - 161Ko


Avant 1943

Après deux courtes tentatives de la part de Pathé et Gaumont, le premier véritable cinéma lorientais ouvre en octobre 1911 : c'est l'Omnia-Pathé. La salle, construite en bois, se situe Cours de Chazelles (à l'angle de la rue Jules Guesde) et semble posséder un balcon. Gaumont revient en 1915 en installant un projecteur au théâtre municipal, où les séances sont organisées en alternance avec les représentations théâtrales.
En 1919, le music-hall "Eden-Concert", situé près de la place Alsace-Lorraine, devient l'Electric-Cinéma (avant de prendre le nom de Royal-Cinéma en 1924). En octobre de l'année suivante, on inaugure le Select-Palace, place Bisson (près du Cours de la Bôve). Il s'agit de la première salle moderne de la ville, respectant des normes de sécurité précises. Elle possède un balcon et peut accueillir 1200 personnes. Ce sera la salle la plus populaire jusqu'à la guerre.
Le Select est aussi le premier cinéma à s'équiper pour le parlant, avec la présentation du film Le Chemin du Paradis le 11 décembre 1930. Suivront le Royal en 1932 (après rénovation en une salle de 475 fauteuils sur 3 niveaux) et l'Omnia en 1934.
En 1933, l'Armor-Palace ouvre ses portes, à l'emplacement du bâtiment actuel. Enfin, le Rex est inauguré fin 1937.
La ville compte alors 5 cinémas principaux (Gaumont semble avoir cessé ses projections au théâtre) plus des salles patronales comme le Saint-Louis, le Saint-Christophe ou le Ciné-Cabane, pour un total d'environ 4000 places.

Arrive la Seconde Guerre Mondiale. Lorient est choisie par les Allemands pour abriter leur première base de U-boot. En 1943, la ville est presque entièrement rasée par les bombardements des alliés qui tentent de détruire cette base sous-marine. Ce n'est que le 10 mai 1945 que la "poche de Lorient", où s'étaient regroupées de nombreuses forces allemandes, est libérée.


La reconstruction

Après la libération, la priorité est bien sûr de reloger la population lorientaise, qui vit alors dans des baraques préfabriquées.
La municipalité accorde une concession d'exploitation dans l'ancienne salle des fêtes. Resté debout malgré les bombardements, ce bâtiment abrite alors des services administratifs, et sera détruit plus tard. Un cinéma éducateur est également mis en place par le Patronage Laïque de Lorient.
En 1951, une première salle est reconstruite : il s'agit du Royal. L'immeuble est le même que celui que l'on peut voir aujourd'hui.
Les autres cinémas seront reconstruits durant les années 50 : le Family et l'Armor réouvrent en 55, le Rex en 58.


L'ère des complexes

Pour tenter de limiter la chute de fréquentation des salles obscures, les complexes multisalles font leur apparition en France à la fin des années 60. Il s'agit généralement de diviser les anciennes salles uniques, devenues trop grandes, en plusieurs petites salles pour accroître le choix offert au public (plus rarement, ces complexes sont construits de toutes pièces, notamment dans les centres commerciaux).
Ce mouvement ne touchera Lorient qu'assez tard. A la fin des années 70, la ville compte 7 salles réparties dans au moins 5 cinémas : le Paris, l'Armor Palace, le Studio Merville, le Rex et le Royal.
Le Royal passe alors de 1 à 3 salles (apparemment par adjonction de 2 nouvelles salles à l'ancienne salle unique).
Fin 81, c'est le Rex qui se restructure : l'ancienne salle est détruite pour pouvoir créer un complexe de 5 salles, portant à 13 le nombre d'écrans lorientais. L'objectif annoncé alors est de passer de 550000 spectateurs annuels à 650000.
En 1984 enfin, le Royal est totalement refait pour offrir 7 écrans.

Je pense que toutes les salles uniques de Lorient fermeront au cours de la décennie 80 : le Studio Merville deviendra un théatre, le Paris une salle de vente. Seuls les 2 complexes du Rex et du Royal survivront.

[le Paris, maintenant une salle de vente] [l'Armor Palace, devenu le Club]
Ci-dessus, l'ancien Paris (photo juin 2001)
Devenu une salle de vente, ce cinéma à salle unique a fermé, comme beaucoup d'autres, durant les années 80.

A droite, le Club, ancien Armor Palace (photo juin 2001)
Reconstruit en 1955 sur son emplacement d'avant-guerre, l'Armor Palace était une salle unique avec balcon. Il deviendra le Club quelques années avant sa fermeture, au milieu de la décennie 80, alors qu'il ne programmait plus que du porno.


Ci-dessous, le City, ancien Family (photos juin 2001)
Ancien cinéma de quartier, le Family, rebaptisé City, est devenu la salle Louis Aragon et accueille spectacles pour enfants, théâtre, fest-noz... Son activité de cinéma s'est vraisemblablement arrêtée fin des années 70, début des années 80.
[le Family, devenu le City]   [le Family, devenu le City]


L'ère des multiplexes

1998 : en pleine vague multiplexe, et après la folie du Titanic (le film a trusté à Lorient jusqu'à 4 des 12 salles simultanément, soit 1400 sièges, et fera finalement 70000 entrées), les propriétaires du Royal annoncent leur intention de construire un multiplexe, à 2 mn de Lorient, et surtout à 500m d'une voie rapide. 1500 sièges, 11 salles : le CinéStars ouvre ses portes en février 1999, portant le parc d'écrans à 23.
Entre temps, la Soredic (Société Rennaise de Diffusion Cinématographique), propriétaire du Rex, obtient l'autorisation de construire un second multiplexe, à Lorient centre, et moyennant la fermeture des 5 salles du Rex. Celui-ci ferme effectivement ses portes au début de l'été 1999. Le Cinéville est inauguré en septembre de la même année : 11 salles et 2100 sièges.
L'offre est alors de 29 écrans (pour environs 5000 fauteuils), contre 12 (2200 fauteuils) moins d'un an auparavant. Cela peut paraître excessif pour une agglomération de cette taille, mais le public lorientais est assez cinéphile et l'on compte sur l'effet multiplexe pour doper les entrées. De plus, l'année 98 a enregistré le très bon chiffre de plus de 600000 spectateurs, confirmant qu'il y avait un sous-équipement en salles sur l'agglomération.
Les 3 cinémas ne se livrent pas à une guerre des prix, chacun essayant plutôt de trouver son créneau. Ainsi, le CinéStars attire un public venu de Lanester et des environs. Comme le Rex en son temps, le Cinéville continue une programmation Art et Essai dans 1 salle et il capte progressivement l'essentiel du public de centre ville. Le Royal enfin conserve un argument de choix avec sa grande salle THX, se met un peu à la VO, quasi absente à Lorient jusque là, et propose petit à petit une programmation plus exigeante pour se démarquer des multiplexes.
La situation cinématographique de la ville est alors exceptionnelle : le nombre de salles apporte un choix de film jusqu'alors inconnu sur Lorient, ainsi que de la VO, y compris sur des films porteurs. Mais les chiffres vont vite nous faire revenir à la réalité : un peu plus de 800000 entrées en l'an 2000, première année de pleine exploitation des 3 cinémas. C'est insuffisant : la ville vit au-dessus de ses moyens.
Le 23 octobre 2001, le Royal tire sa révérence, faute de public suffisant. Les 2 complexes du Rex et du Royal des années 80 ont donc fait place aux deux multiplexes du CinéStars et du Cinéville, les propriétaires étant restés les mêmes. On peut maintenant penser que la situation va se stabiliser durablement. Mais l'hyper-centre (les rues animées où sont regroupés les commerces et les bars) ne compte plus de cinémas (le Cinéville n'est qu'à 300m, mais à l'écart des rues commerçantes), et c'est bien dommage...
Côté chiffres, je pense que les entrées ont dû atteindre 940 à 950000 en 2001 (avec le Royal encore en activité), et les chiffres annoncés pour 2002 sont de 920000. Même si ces entrées se répartissent désormais sur les 2 seuls multiplexes, cela reste assez modeste pour 2 installations de ce type.



Les informations concernant les salles avant 1943 sont issues du mémoire de maîtrise de Véronique Le Coupanec, intitulé "l'histoire des salles de cinéma lorientaises, de 1895 à 1945".

Retourner au sommaire

mai 2000 / août 2003
http://perso.wanadoo.fr/lorient-cine/lorient.htm