Plaidoyer pour la version originale


La V.O., ce n'est pas que pour les snobs!

Difficile de le nier, la VO en province apparaît souvent comme un truc un peu snob, réservé à quelques films Art et Essai et aux parisiens. Je n'étais d'ailleurs pas le dernier à le penser. Les inconvénients de la VO me semblaient en effet évidents (être obliger de lire des sous-titres, souvent incomplets, au lieu de regarder l'action), et tout ça pour quels avantages? Entendre la véritable voix du comédien? D'autant que les doubleurs français ont une excellente réputation.
Comme tout le monde, je critiquais donc volontiers quelque chose que je ne connaissais pas, et que je n'avais pas envie de découvrir... Je ne sais pourtant que trop bien à quel point cette attitude est ridicule.

A la découverte de la V.O.

Vous l'aurez compris, ce n'est donc pas de plein gré que je me suis mis à la VO. Tout a commencé quand j'ai acheté la VHS de la version longue de Léon, version longue qui n'avait pas fait l'objet d'un doublage français. Comme je connaissais déjà très bien la majorité des dialogues (j'avais déjà la version courte en VF), et que je n'avais pas le choix, je n'ai pas hésité.
Et là, surprise : j'ai tout de suite ressenti un plaisir supplémentaire à voir ce film grâce à la VO. Pourtant, comme beaucoup, il m'était déjà arrivé de voir de la VO (sur ARTE, ou en cours de langue...), sans ressentir ce plaisir...
En fait, il s'agit simplement d'un problème de qualité sonore. La mauvaise qualité du signal télévisé (signal mono lamentable, dynamique quasi inexistante même en Nicam) retranscrit par une section audio plus que douteuse sur nombre de téléviseurs annule la plupart des avantages de la VO sur la VF (à part le respect des dialogues originaux, ce qui est loin d'être négligeable). Une VHS branchée sur une bonne chaîne hi-fi change déjà totalement les choses. Mais il m'a vite paru évident qu'il fallait voir des VO au cinéma, qui offre des conditions d'écoutes bien supérieures (normalement...). Cela m'a pris un peu de temps avant de m'y mettre réellement, faute d'offre sur Lorient à l'époque (voir plus bas), mais mon opinion est faite!

Du bon usage de la V.O.

Vous ne parlez pas un mot de la langue?
Ce n'est pas grave! En effet, même quand on ne connaît pas un mot, voir un film en VO présente des intérêts.
Le premier est sans doute l'ambiance sonore du film. Tous les petits bruits enregistrés par le micro de prise des voix sur le tournage disparaissent forcément au doublage (ou dans de mauvaises conditions de reproduction, à la télé par exemple...). Il ne s'agit bien sûr pas de bruits ayant une quelconque importance dans l'action (ceux-ci sont enregistrés sur une piste différente et conservés lors du mixage avec les nouvelles voix françaises), mais je pense que cela renforce l'atmosphère sonore : vous êtes encore plus dans le film (si, je me répète, vous êtes dans une vraie salle de cinéma).
Le second tient au fait que le jeu d'acteur ne se résume pas à sa seule gestuelle. Sa façon de parler est importante, et il n'est pas besoin de comprendre une langue pour percevoir la conviction, la vérité du jeu d'un acteur. Les vrais fans d'un acteur (ou d'une actrice) ne sauraient donc nullement se contenter des VF, même si leur idole est Inuit.
Bon, c'est vrai, j'ai beau jeu de vous dire tout cela, moi qui n'ai pas essayé de voir Mononoke Hime ou Himalaya en VO. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...!

Vous parlez quelques mots de la langue
C'est parfait! En plus des arguments précédents, je crois qu'on peut en rajouter un troisième : celui du dépaysement. Le mot n'est d'ailleurs pas très bien adapté, mais je ne sais comment l'exprimer. Il me semble en fait qu'entendre une langue étrangère participe activement à la magie du cinéma, au sentiment d'évasion qu'il procure, surtout quand on saisit quelques sons.

Vous parlez correctement la langue
Il convient ici de faire attention. Il ne faut pas se leurrer, vous n'arriverez pas à bien saisir les dialogues rapides, en langage parlé. On a donc vite tendance à se mettre à lire les sous-titres, mais il est bien difficile de continuer d'essayer de comprendre de l'anglais (ou autre) alors qu'on lit du français! Résultat, on a l'impression de ne rien comprendre, et de ne pas être "prêt" pour la VO. Je pense en fait qu'il vaut mieux jeter un rapide coup d'oeil aux sous-titres dès qu'ils apparaissent, sans vraiment les lire, ni les comprendre, puis d'écouter le dialogue. Les mots français aperçus permettent alors de mieux comprendre ces dialogues, et l'on n'a pas besoin de raisonner dans les deux langues simultanément.

Vous maîtrisez parfaitement la langue
Vous allez voir des VF...?!?!?!

Dans tous les cas, je pense qu'il y a un cas où vous devez aller voir de la VO : lorsque vous avez adoré un film (en VF), n'hésitez pas un instant et retournez le voir en VO. Si le film vous a vraiment passionné, vous devriez vous rappeler le contexte, le sujet des dialogues, voir même la traduction française. Vous ne serez donc pas scotchés aux sous-titres, ce qui reste le seul inconvénient de la VO, et devriez alors pleinement goûter à ses plaisirs. C'est un excellent moyen de faire l'essai, et je pense qu'en matière de VO, l'essayer c'est l'adopter. Cette page n'a d'ailleurs d'autre but que de vous donner l'envie de faire l'essai.

La V.O. à Lorient

La VO est une denrée plutôt rare à Lorient.
Présente dans les années 70 et jusqu'au milieu des années 80 au Studio Merville, elle se cantonne ensuite à quelques films (souvent Art et Essai) au Rex et une programmation spéciale au Royal durant le festival Interceltique (j'y ai par exemple pu voir Legends of the Fall).
En 1999, l'arrivée des deux multiplexes change la donne en apportant plus de salles et plus de concurrence. Ainsi, après l'ouverture de Cinéville, le Royal se met à programmer régulièrement de la VO. Parmi les principaux films que j'ai pu y voir, citons Being John Malkovich, Sleepy Hollow, Magnolia, Space Cowboys, Tigre et Dragon ou encore 2001, a Space Odissey, parfois dans des grandes salles.
Avec la fermeture du Royal, on pouvait craindre la disparition de la version originale à Lorient. Cela aurait été bien dommage, d'autant que, le soir de la fermeture, Bridget Jones en VO réunissait un public non négligeable... Mais, après 6 mois, on constate qu'il reste un peu de VO, essentiellement au CinéStars, avec des films comme le Sortilège du Scorpion de Jade, Atanarjuat ou le Voyage de Chihiro.



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juin 2000 / avril 2002
http://perso.wanadoo.fr/lorient-cine/vo.htm